« Pourquoi ma vidéo est bloquée ? »

C’est une question qui revient régulièrement chez les rappeurs qui publient des freestyles, des extraits de morceaux ou des vidéos avec une instru.

Vous avez enregistré votre morceau, la vidéo vous appartient, vous avez acheté l’instru et pourtant TikTok coupe le son, Instagram limite la publication ou YouTube affiche une réclamation.

Le problème vient souvent des droits sur la musique.

Mais il y a aussi plusieurs autres raisons possibles. Et surtout, les règles ne sont pas exactement les mêmes sur YouTube, TikTok et Instagram.

Ma vidéo est bloquée même si j’ai acheté l’instru…

Acheter une instru ne signifie pas automatiquement que vous pouvez l’utiliser partout et sans limite.

Lorsque vous achetez un beat en leasing, vous obtenez une licence d’utilisation. Cette licence définit ce que vous pouvez faire avec la production.

Elle peut autoriser :

  • la diffusion sur les plateformes de streaming ;
  • YouTube ;
  • les réseaux sociaux ;
  • les clips ;
  • les concerts ;
  • certaines formes de monétisation.

Elle peut aussi prévoir des limites.

C’est donc la licence qu’il faut regarder en premier.

Un rappeur peut parfaitement avoir payé une instru et malgré tout rencontrer un problème sur une plateforme si l’utilisation prévue n’est pas couverte par sa licence.

Pourquoi ma vidéo est bloquée sur YouTube quand j’utilise une instru ?

YouTube utilise Content ID, un système automatique qui compare les vidéos mises en ligne avec des contenus audio et vidéo enregistrés par les titulaires de droits.

Lorsqu’une correspondance est détectée, une réclamation peut être créée.

Selon les paramètres du titulaire des droits, la vidéo peut être :

  • monétisée par le titulaire des droits ;
  • suivie pour ses statistiques ;
  • bloquée dans certains pays ;
  • ou bloquée partout.

Une réclamation Content ID n’est pas la même chose qu’un avertissement pour atteinte aux droits d’auteur.

Vous pouvez donc avoir une réclamation sans avoir reçu de « strike ».

Et le fameux problème des Shorts d’une minute ?

C’est ici qu’il faut mettre à jour une information que l’on voit encore beaucoup circuler.

Depuis octobre 2024, les vidéos verticales ou carrées de 1 à 3 minutes sont considérées comme des Shorts sur YouTube.

Pendant longtemps, un Short de plus d’une minute avec une réclamation Content ID active était automatiquement bloqué.

Mais cette règle vient de changer.

Depuis le 24 septembre 2026, les nouveaux Shorts de plus d’une minute et de moins de trois minutes avec une réclamation Content ID active ne sont plus automatiquement bloqués et peuvent rester disponibles sur YouTube.

Les règles peuvent donc évoluer, et une information qui était correcte il y a quelques mois peut rapidement devenir obsolète.

Pour les Shorts utilisant la bibliothèque audio de YouTube, certaines musiques peuvent toutefois être limitées à 30, 60 ou 90 secondes selon le morceau. YouTube indique que la plupart des titres disponibles dans cette bibliothèque peuvent être utilisés jusqu’à 90 secondes dans un Short de trois minutes, mais que certains sont limités à 30 ou 60 secondes.

La règle à retenir n’est donc pas « un Short avec une instru doit faire moins d’une minute ».

La vraie question est : quels droits avez-vous sur la musique utilisée et quelles sont les conditions de la plateforme ?

Ordinateur portable affichant YouTube à l’écran, pour comprendre pourquoi ma vidéo est bloquée.

Pourquoi TikTok coupe le son de ma vidéo ?

TikTok peut supprimer ou mettre en sourdine un son lorsqu’il constate une violation des droits de propriété intellectuelle ou de ses règles communautaires.

Lorsqu’un son est supprimé, TikTok indique la raison dans les détails de la vidéo et permet, selon le cas, de contester la décision ou de remplacer le son.

Cela peut arriver avec une instru utilisée comme bande-son originale dans votre vidéo.

Et là encore, le fait que vous ayez acheté le beat ne suffit pas forcément à empêcher une détection automatique.

Si le beat a été distribué ou enregistré dans un système de gestion des droits, une plateforme peut identifier la production avant même de savoir que vous disposez d’une licence.

TikTok n’impose pas une limite générale d’une minute pour les vidéos avec une instru

Autre idée reçue à corriger : TikTok n’impose pas actuellement une limite générale d’une minute aux vidéos utilisant une instru.

TikTok permet aujourd’hui de publier des vidéos bien plus longues, notamment jusqu’à 30 minutes depuis TikTok Studio.

La difficulté vient plutôt des droits accordés sur la musique.

Pour les contenus commerciaux, TikTok précise par exemple que les entreprises doivent utiliser sa Bibliothèque musicale commerciale ou disposer des licences nécessaires pour les musiques utilisées en dehors de cette bibliothèque.

Pour un artiste indépendant qui publie un freestyle ou un extrait de morceau, la situation dépend donc notamment de la licence du beat et de la nature de la publication.

Et Instagram ? Pourquoi ma vidéo est bloquée sur Instagram ?

Instagram applique également ses propres règles concernant les droits d’auteur.

Meta précise qu’une vidéo publiée sur Instagram ne doit pas porter atteinte aux droits de propriété intellectuelle d’un tiers.

Le simple fait de :

  • créditer le beatmaker ;
  • avoir acheté le morceau ;
  • ne pas monétiser la vidéo ;
  • avoir trouvé l’instru sur Internet ;
  • ou voir d’autres personnes utiliser la même musique

ne suffit pas à vous donner automatiquement le droit de l’utiliser.

Pour utiliser la musique de quelqu’un d’autre, il faut disposer de l’autorisation nécessaire, par exemple au travers d’une licence.

Instagram dispose également de sa propre bibliothèque musicale sous licence. Cette bibliothèque est principalement destinée à un usage personnel et non commercial, avec des restrictions qui peuvent varier selon le type de compte et le territoire.

Pourquoi deux rappeurs peuvent avoir un problème différent avec la même instru ?

C’est particulièrement important avec le leasing de beats.

Imaginez qu’un beatmaker vende la même production à cinq rappeurs en licence non exclusive.

Les cinq artistes peuvent avoir le droit d’utiliser le beat selon leurs licences respectives.

Mais si cette production est enregistrée dans un système de reconnaissance automatique des droits, une vidéo peut quand même déclencher une réclamation.

Le système automatique ne connaît pas forcément les contrats passés entre le beatmaker et les différents artistes.

Il reconnaît simplement la musique.

C’est notamment pour cela qu’une réclamation Content ID ne signifie pas forcément que le rappeur n’a aucun droit sur son morceau.

Il faut regarder qui revendique la musique et pourquoi.

« J’ai crédité le beatmaker, pourquoi ma vidéo est bloquée quand même ? »

Parce que le crédit et l’autorisation sont deux choses différentes.

Écrire :

Beat produit par Oxydz

est nécessaire lorsqu’une licence ou un accord prévoit ce crédit, mais cela ne remplace pas une autorisation d’utilisation.

À l’inverse, avoir une licence valide peut vous donner le droit d’utiliser une production même si une plateforme déclenche automatiquement une réclamation.

Dans ce cas, vous pouvez avoir besoin de fournir les éléments permettant de démontrer que vous disposez bien des droits nécessaires.

Sur YouTube, une réclamation Content ID peut notamment être contestée lorsque vous disposez des droits nécessaires pour utiliser le contenu concerné.

Jeune créateur de contenu dans un studio éclairé par des néons colorés, confronté au problème « ma vidéo est bloquée ».

« Je ne monétise pas ma vidéo, donc je peux utiliser l’instru »

Non.

Le fait de ne pas gagner d’argent avec une vidéo ne vous donne pas automatiquement le droit d’utiliser une musique protégée.

YouTube indique explicitement que le fait de ne pas monétiser une vidéo n’est pas, à lui seul, un motif valable pour contester une réclamation.

Même chose pour Instagram : ne pas tirer de revenus d’une publication ne transforme pas automatiquement une utilisation non autorisée en utilisation autorisée.

« Je n’utilise que quelques secondes »

Autre idée reçue.

Il n’existe pas de règle générale disant que quelques secondes d’une musique peuvent toujours être utilisées gratuitement.

La durée de l’extrait n’est pas, à elle seule, une autorisation.

Une vidéo peut donc rencontrer un problème même si l’instru n’est utilisée que pendant quelques secondes.

Une autre cause fréquente : le beat contient lui-même un sample

C’est un point auquel les rappeurs ne pensent pas toujours.

Vous pouvez avoir acheté une licence auprès d’un beatmaker et pourtant avoir un problème de droits si la production utilise elle-même un élément appartenant à un tiers qui n’a pas été correctement autorisé.

C’est particulièrement important avec les productions utilisant :

  • des samples ;
  • des extraits de chansons ;
  • des voix provenant d’autres enregistrements ;
  • des éléments provenant de banques dont les conditions sont restrictives.

La licence du beatmaker ne peut pas forcément vous donner des droits que le beatmaker lui-même ne possède pas.

Pour une exploitation importante, il faut donc savoir si la production est originale ou si elle contient des éléments soumis à des droits tiers.

Une réclamation n’est pas forcément un blocage

C’est aussi une distinction importante.

Sur YouTube, une réclamation Content ID peut simplement entraîner une monétisation au profit du titulaire des droits.

La vidéo peut rester en ligne.

Dans d’autres cas, elle peut être bloquée dans certains pays ou dans le monde entier.

Il faut donc regarder la nature exacte de la restriction, plutôt que de considérer toute réclamation comme un retrait de vidéo.

Que faire si ma vidéo est bloquée ?

Avant de supprimer la vidéo, regardez précisément la notification envoyée par la plateforme.

Vérifiez :

  1. Quel contenu est identifié ?
  2. Qui revendique les droits ?
  3. Sur quelle partie de la vidéo porte la réclamation ?
  4. Dans quels pays la vidéo est-elle bloquée ?
  5. Votre licence vous autorise-t-elle à utiliser l’instru sur cette plateforme ?
  6. Avez-vous conservé votre licence et votre preuve d’achat ?
  7. Le beat contient-il des samples ou d’autres éléments appartenant à des tiers ?

Si vous avez réellement les droits nécessaires, utilisez la procédure de contestation prévue par la plateforme.

Sur YouTube, il ne faut pas contester une réclamation simplement parce que vous avez payé le beat ou parce que vous avez crédité le producteur. Il faut pouvoir justifier que vous disposez bien des droits nécessaires.

Comment éviter les problèmes avant de publier ?

Le plus simple est de vérifier les droits avant d’enregistrer le morceau et de préparer la vidéo.

Lorsque vous achetez une instru, regardez notamment si la licence autorise :

  • TikTok ;
  • Instagram ;
  • YouTube ;
  • les Shorts ;
  • les Reels ;
  • les clips ;
  • la monétisation ;
  • la publicité ;
  • les contenus sponsorisés ;
  • l’utilisation commerciale.

Conservez également votre licence et votre facture.

Et si le beatmaker utilise un système de Content ID, demandez comment sont gérées les vidéos des artistes ayant acheté une licence.

Cela peut éviter de découvrir le problème après la publication.

Et avec une licence exclusive ?

C’est là que la différence entre leasing de beats et exclusivité devient importante.

Avec une licence non exclusive, plusieurs artistes peuvent avoir obtenu le droit d’utiliser la même production. Cela peut créer des situations plus complexes avec les systèmes automatiques de reconnaissance des droits.

Une licence exclusive permet au contraire de réserver l’exploitation future de la production à un seul artiste, selon les conditions du contrat.

Lorsqu’une exclusivité est correctement encadrée et que la production ne contient pas de droits tiers non autorisés, elle supprime le principal problème lié au fait que plusieurs artistes utilisent le même beat.

Il faut toutefois rester précis : une exclusivité ne règle pas magiquement tous les problèmes de droits. Si l’instru contient un sample non autorisé, par exemple, l’exclusivité ne transforme pas ce sample en contenu libre de droits.

Pour un morceau important, un clip, une campagne promotionnelle ou une exploitation longue, l’idéal est donc d’avoir une licence qui couvre clairement les usages prévus et une production dont les droits sont correctement maîtrisés.

Le vrai sujet n’est pas simplement la durée de votre vidéo. C’est de savoir si vous avez les droits nécessaires pour utiliser la musique qu’elle contient.

Logo YouTube affiché sur un smartphone lorsqu’une vidéo est bloquée.
Catégories : Business

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